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Nguyên Quang Thân
Viêtnam
romancier accueilli en résidence
d'auteur
en Gironde
du 7 au 30 novembre 2004 |
Sélectionné pour le prix RFI-Témoin
du Monde en 1997 avec "Au
large de la terre promise", Nguyên
Quang Thân est un des premiers écrivains à avoir apporté
un souffle nouveau à la littérature vietnamienne au début
des années 90. Né en 1936 à Son Lê, engagé
dans la résistance anticoloniale en 1950, il a commencé
sa carrière d’écrivain et de journaliste en 1956.
Ses écrits comprennent des centaines d’articles, des nouvelles
et romans, des scénarios de films et de nombreuses traductions
d’œuvres étrangères. Il vit aujourd’hui
à Hanoï.
Egalement auteur pour l’enfance, Nguyên Quang Thân est
membre de l’Association des Ecrivains vietnamiens et travaille comme
journaliste dans plusieurs journaux, dont Famille et Société.
En août 2004, il terminera un projet de scénario de film,
"Histoire de Thang Long",
destiné à la grande cérémonie d’anniversaire
des 1000 ans de Hanoï en 2010.
"La langue vietnamienne
et les Vietnamiens à Bordeaux"
Cet article a été publié
dans le magazine VAN NGHE (Janvier 2005), l'organe de l'Union des Ecrivains
du Viet Nam, traduit en francais par l'auteur.
"J'ai fait la connaisance de Bordeaux non par son vin que je n'ai
pas eu beaucoup d'occasion d'apprécier au Viet Nam. Bordeaux n'était
pour moi qu'un simple passé. Il y a bien longtemps, dans mon village
l'oncle Chat Ngoan était emmené en France comme ONS (ouvrier
non-spécialisé) offrir sa sueur et son sang à la
"Patrie-Mère". Pour participer à cette grande
Guerre mondiale déclenchée en Europe, un paysan "annamite",
une fois débarqué à Marseille comme un grain de poussière
attiré par la comète, n'avait peu l'espoir de retour. On
attendait en vain ses nouvelles. Mais, comme pour miracle, cependant,
après quelques années de silence, l'oncle Chat Ngoan a envoyé
une lettre au village. Cette lettre était postée de Bordeaux
le 24 Aout 1942.
Où est Bordeaux? Dans mon village il y a eu seulement un instituteur
qui savait quelques mots francais. De temps à autre il marchait
sur le chemin principal du village en chantonnant J'ai
deux amours mon pays et Paris... et la France pour lui c'était
Paris. Mais où était Paris? Il ne le savait pas plus que
Bordeaux. Donc, après l' unique lettre de Chat Ngoan, tout mon
village entend pour la première fois le nom de Bordeaux. Dans des
soirées en acceuillant le vent des champs pour calmer leur ventres
vides, les villageois se parlent entre eux: "Chat Ngoan est à
Bordeaux. Est-il vivant ou mort maintenant?" Bordeaux, Bordeaux,
Bordeaux...était devenu l'écho d'une vie disparue sans traces.
Offrir sa vie pour faire connaitre le nom de Bordeaux au village, est-ce
ça vaut le coup, mon pauvre Chat Ngoan?
Et voilà que je suis venu à Bordeaux. La troisième
ville de la France m'offre immédiatement une impression inoubliable.
L'avion atterrit à Mérignac la nuit, accueilli chaleureusement
par les amis de Bordeaux, après les saluts abondants et cordiaux,
une question me serre aussitôt le coeur : mon Chat Ngoan est-il
encore vivant? Est-t-il toujours à Bordeaux ou est-il emporté
par le vent dans l'immensité de l'ailleurs? Mon séjour à
Bordeaux dure seulemant un mois, non pas toute une vie comme celle de
l'oncle Chat Ngoan.
L'Institut départemental de développement artistique et
culturel de Gironde (l'IDDAC) invite tous les ans un écrivain étranger
dont l'oeuvre est traduite en francais et qui parle francais. On m'invite.
L'oncle Chat Ngoan, lui, est venu à Bordeaux il y a un demi siècle
comme un ONS, alors que moi, son villageois, je viens au titre de "l'échange
culturel". Je ne représente effectivement que moi-même.
Ma position est ainsi différente de celle de l'oncle Chat Ngoan
du fait de ma qualité d'écrivain d'un pays indépendant.
Le vin coule comme l'eau d'un ruisseau, ce vin qui coûte plus cher
que celui commercialisé dans notre pays tout simplement parce que
c'est un vrai bordeaux. De belles bordelaises mignonnes, grâcieuses
et chaleureuses comme ce vin, ces belles aux joues roses, aux peaux brunes
ou blanches, aux yeux brillants du feu qu'Appolinaire a décrit
comme un verre de vin rouge dans ses poèmes, des amis de Bordeaux
affectueux et cordiaux dont les yeux, les poignées de main ont
bien du feu, des champs de vigne d'hiver immenses, propres et déserts
ou l'on ne voit ni chien, ni vache ou l'ombre d'un homme sur la route
en la parcourrant tout le demi jour, des châteaux en pierre avec
des caves en sous-sol immenses comme un réseau de métro,
des tonneaux en bois de chêne des années d'antan, des bouteilles
de vin valant de 4 à 200.000 euros (Je le sais uniquemant par oui-dire)
des rues pierreuses agées des siècles, les gâteaux
Macarons, l'église de Saint Michel ornée de tableaux du
seizième siècle, des statues de bronze, des monuments de
pierre, le réseau de tramway qui vient d'être inauguré...
Et voilà, la Garonne coule entre ses deux rives de vignobles, de
villes et de célèbres châteaux...La ville de Bordeaux
(je pense qu'elle a un visage d'une belle femme) telle un Paris en miniature,
la Bordeaux de Bacchus, tout qui est si étrange et séduisant
à la fois pour moi, ne peut pas effacer de ma tête l'image
du pauvre oncle Chat Ngoan, ce paysan de mon village autrefois embarqué
pour devenir ONS en France. Et les destins des vietnamiens de Bordeaux,
tout cela envahi mon âme.
Où sont-ils donc? Où est l'oncle Chat Ngoan maintenant?
Le premier vietnamien venu à Bordeaux pour faire du commerce a
été enregistré dans les archives. Mars 1817, Balguerie-Stuttenberg,
un négociant connu de Gironde a envoyé le trimât nommé
La Paix à l'Orient. Ce bateau flottait en dérive dans les
océans pendant six mois et jetait l'ancre un jour à Da Nang,
la plus grande ville portuaire d'Annam à la recherche de relations
commerciales. Son équipage a été bien accueilli par
l'Empereur Gia Long et ses conseillers francais. Des commercants bordelais
à cette époque espéraient se procurer des cannes
à sucre en Indochine, leurs trente entreprises ayant été
en manque de cette première matière à cause de la
révolte de Saint Domingue.
Mais cet espoir n'a pas été suivi d'effet, à cause
de la politique de l'Empereur Minh Mang. Seule la sociéte "Les
Frères Denis" a eu quelque succès dans son entreprise
: le père et les quatre enfants de cette société
ont tenu le rôle d'exportateur de riz, de poivre et de caoutchoucs
cochinchinois pendant un siècle. Mais nul ne sait qui était
le premier immigrant vietnamien à Bordeaux.
L'oncle Chat Ngoan et les autres sont venus à Bordeaux à
contre-coeur à cause des bouleversements du temps, du fait de la
domination française et des deux guerres d'Indochine, de la résistance
contre les francais et les américains.
Pendant la première guerre mondiale, il y a eu environ cent mille
ONS a embarquer de gré ou de force pour la France, c'est la génération
des pères de l'oncle Chat Ngoan et, me semble-t-il, la première
grande émigration des Vietnamiens en France. Combien d'entre eux
étaient-ils arrivés, avaient-ils laissé leurs cendres
sur le sol de Bordeaux ? Et la guerre terminée, des intellectuels
sur la trace de Nguyen Ai Quoc, débarquaient au pays de Victor
Hugo, de Jean-Jacques Rousseaux pour y faire leurs études et chercher
la voie pour sauver leur patrie. Combien d'entre eux restaient-ils à
Bordeaux ? La crise économique des années trente, la terreur
blanche imposée par les francais faisant suite à la révolte
des paysans des provinces de Nghe Tinh "soviétique" ont
chassé nombre de réfugiés en France. Ils savaient
qu'il y a toujours deux Frances, l'une de Liberté, d'Egalité
et de Fraternité de la Révolution de 1789 et l'autre, des
colonialistes. Certains d'entre eux s'établissaient à Bordeaux.
Au déclenchement de la deuxième guerre mondiale, des dizaines
de mille d'ONS ont été embarqués de force, sont allé
au front ou ont travaillé dans les entreprises des armes à
Saint Médart, Vias, Bergerac etc... Seule une minorité s'installait
à Bordeaux. A la fin de la guerre de l'Indochine, on a emmené
au village de Sainte-Livrade des milliers de familles mixtes, de veuves
et d'orphelins rejetés de toute part, ces laissés pour compte
du corps expéditionnaire considérés comme traitres
dans leur pays et indésirables en France. On les a expédié
au camp de Sainte-Livrade, une caserne désaffectée pour
leur nouvelle vie en Lot-et-Garonne. On leur a donné un bol pour
chacun, un lit en fer des stocks de l'armée, une paillasse pour
une famille, pour tout compte ! Ce camp était presque oublié
jusqu'à hier là où des veuves meurrent où
atteignent l'âge de quatre-vingts et où leurs enfants ont
grandi.
Ce camp oublié est devenu un sujet d'actualité des journalistes
francais à l'heure présente lorsque France 3 a diffusé
un film documentaire franco-vietnamien de Marie-Christine et Nguyen My
Linh, "Le camp des oubliés". Ces oubliés sont
ainsi parvenus à la connaissance du public francais. Et enfin,
la dernière émigration des Vietnamiens après l'année
1975 composée des "boat people" et des "regroupés".
La structure de la communauté vietnamienne a été
ainsi modifiée en quantité et en qualité.
Bordeaux c'est une ville francaise qui a eu une longue relation de deux
cents ans avec les Vietnamiens peut-être seulement après
Paris. L'oncle Chat Ngoan de mon village certainement a rejoint le ciel
et se repose à un certain cimetière au milieu des vignobles
et des collines, des plages du pays qu'il a appelé Bordeaux dans
sa lettre. J'y suis venu, je n'ai pu pas le rencontrer mais j'ai rencontré
beaucoup de personnes dans cette communauté vietnamienne.
Sous les yeux des citoyens métropolitains et des autorités
francaises d'ici, ils étaient et sont des "francais d'origine
vietnamienne" qui ont des apports dans plusieurs domaines de la vie
bordelaise. 90 ans après la première émigration pendant
la Grande Guerre, 30 ans après l' "évacuation"
des boat people, le temps est venu d'oublier les différences, les
haines, et également de s'intégrer pour ces Vietnamiens
en "Francais d'origine vietnamienne". Le docteur Doan Thu Phong,
un chercheur sur la communauté vietnamienne a écrit : "
Pour comprendre les degrés d'intégration, la facilité
d'adaptation, il faut examiner avant tout les caractères des Vietnamiens
: humour, ironie, sensibilité, intelligence des choses, tristesse,
mélancolie."
Oui, la tristesse. J'ai touché cette tritesse spécifique
quand je les ai rencontré à Bordeaux. Tout un chacun de
nous ressent cette nostalgie loin du pays. Mais la nostalgie des Vietnamiens
est différente. Ils sont partis à l'étranger dans
des situations critiques, de danger. L'oncle Chat Ngoan de Nghe Tinh fut
embarqué de force pour servir "la Patrie Mère",
les femmes de soldats avec leurs enfants au camp Sainte-Livrade partis
comme des "traitres", ont été mal accueillis,
oubliés, la plupart de ces Vietnamiens ne sont pas venus à
Bordeaux par leur propre volonté, ils sont comme des feuilles jaunes
tombées pour se donner au vent dans deux tempêtes de guerre,
ils ont laissé derrière eux une Patrie qu'ils n'ont pas
cessé et ne cesseront pas d'aimer.
Caroline Vion qui a 25 pour cent de sang vietnamien, une belle fille avec
sa souplesse bordelaise, doctorante d'histoire, connaissant par coeur
des monuments de Bordeaux m'a servi de guide sur des rues pierrées,
elle m'a dit qu'elle était trois fois de suite retounée
au Vietnam pour retrouver son cousin à Hai phong. Son grand-père
était Vietnamien, sa grande-mère Française, tout
deux sont venus à Bordeaux il y a bien longtemps. Par testament
iIls exprimaient leur envie de retrouver des parents vietnamiens. L'amour
du pays vietnamien du grand-père coule sans répit dans le
sang de sa petite-fille, future docteur d'histoire.
Ceux des Vietnamiens qui sont venus s'établir récemment
à Bordeaux de leur propre gré ne ressentent pas cette nostalgie.
Il sont venus pour y faire des études, pour y trouver une autre
vie. Pham To Uyen, mignonne, grâcieuse et intelligente avec son
allure très hanoienne, partie de l'Université d'Hanoi pour
être ensuite diplômée en Suisse, a trouvé l'amour,
mariée à un bordelais. C'est l'amour qui a emmené
Uyen à Bordeaux. Maintenant elle y est professeur des Cours de
vietnamien depuis plusieurs années sans pour autant trouver un
travail stable. J'ai l'occasion de lui demander la raison de cette vague
mélancolie dans ses yeux, est-ce dû à la nostalgie
comparable à celle des autres émigrés? Uyen m'a répondu:
"Triste, moi ? Mais, pas du tout ! J'ai eu beaucoup de chance. De
l'amour, des défits qui fortifient le caractère, me permettant
de réussir dans une société moderne. Ma famille et
mon pays me manquent mais ce n'est pas une raison pour être triste
!" Effectivement Uyen représente ce nouveau trait dans la
mentalité des jeunes vietnamiens à l'étranger, pas
seulement à Bordeaux.
En fait, certains Vietnamiens "bordelais" y réussissent
admirablement. Des "poilus" de la Grande Guerre inhumés
au milieu de leurs compatriotes dans les cimetières... Aux veuves,
femmes de soldats oubliées du camp de Sainte-Livrade qui ont élevé
leurs enfants se sacrifiant aux travaux dans les vignobles pour les permettre
de continuer à faire des études. La deuxième génération
gagnent normalement leur vie, la plupart d'entre eux ont bien réussi.
Je suis venu visiter ce camp, j'ai rencontré quelques unes de ces
mères encore vivantes. Elles continuent à chiquer le bétel,
me donnent le riz gluant cuit à la vietnamienne avec le "soup
sucré" vietnamien (che do), brulent d'encens devant l'autel
de Tran Hung Dao, le commandant le plus célèbre canonisé
par des générations vietnamiennes, organisent de temps en
temps des séances de Ba Dong et me parlent vietnamien très
bien, quelles émotions pour moi.
Cette petite communauté vietnamienne dans le "camp oublié"
qui était si triste après la guerre de l'Indochine auparavant
est entrain de reprendre de la vitalité avec l'aide des amis francais,
cordiaux et chaleureux. La guerre est si loin, la haine est effacée,
il ne reste que l'amour entre les hommes. Récemment l'Union Générale
des Vietnamiens de France vient de célébrer l'anniversaire
d'une centenaire qui a passé 65 ans à Bordeaux. Des noms
vietnamiens si connus comme M. Le Van Tha, un des président de
l'Association des Vietnamiens avant 1954 à Bordeaux, arrêté
et renvoyé au Sud du VN, puis déporté à Poulo
Condor, comme le docteur Duong Quang Trung diplômé en médecine
à Bordeaux, dirigeant du cas d'opération de séparation
deux petit Viet-Duc à la ville de HCM et maintenant chef du département
de la Santé de cette ville, comme le professeur Le Van Thoi, l'un
des amis de sénateur J. Valade, le "tuteur" des étudiants
vietnamiens à Bordeaux, comme l'homme d'affaires Nguyen Quoc Cuong,
fils de l'écrivain Nguyen Tien Lang, président d'une grande
Société à Bordeaux... Je ne peux oublier M. André
Le Vagueresse, expert informatique, gendre d'une famille vietnamienne,
l'"amoureux du Viet Nam"- il me l'a dit - comme d'autres Francais
à Bordeaux. Je me rappelle encore l'instituteur J.P. Chavanat qui
était venu au VN trois fois et a envie de revenir à Ha Noi
pour enseigner le francais dans une école secondaire. Bien des
"amoureux du Viet Nam" comme ces deux amis ont travaillé
l'enseignement de la langue vietnamienne dans une ville éloignée
de milliers de kilomètres du Viet Nam.
Le vietnamien, cette langue sonore comme la voix des rossignols est
en train de revivre à Bordeaux. Depuis douze ans, les "Cours
de vietnamien" sont ouverts sans interruption pour des Vietnamiens,
des sangs mêlés, y compris des francais, "amoureux du
Viet Nam". Ces classes ont toujours une cinquantaine d'élèves
malgré les difficultés rencontrées. A travers des
études de la langue vietnamienne, l'Association des Vietnamiens
en Bordeaux a présenté et développé la culture
vietnamienne, renforcé l'amitié franco-vietnamienne. J'ai
assité à une de ces classes et j'ai interrogé quelques
uns de ces élèves. Ils parlent tous francais. Répondant
à ma question pourquoi apprenez-vous le vietnamien ?, Mme Reinold
Denise, infirmière m'a dit : "Ma mère est vietnamienne
et je veux comprendre son pays et sa langue" Mme Géradine
Carré, archiviste : "Je voudrais aller au Viet Nam un jour
parce que je suis passionnée de la culture asiatique." M.
Puy Francis, conducteur d'autobus : " Ma femme est métisse,
je veux étudier le vietnamien pour voir le Viet Nam en famille
un jour" M. Henry Dinan: " Mon père était francais,
ma mère vietnamienne de Nam Dinh, je veux savoir parler la langue
de ma mère". Mme Jacqueline Pharamond, inspectrice des travaux
: "Ma mère était vietnamienne, mon père francais.
Je suis né à Saigon et je suis venue en France à
l'âge de 4 ans. Je veux parler la langue que ma mère avait
utilisé avec mon père". M. Barron Roger est né
à Ha Noi, ses parents sont des ingénieurs et métis:
" J'ai encore des proches parents à Ha Noi et à Sai
Gon, je veux parler avec eux sans interprète". Bien que les
parents de Mademoiselle Thu Thao, artiste, soient tous deux Vietnamiens
elle ne parle pas un seul mot vietnamien. Elle veut apprendre le vietnamien
pour ouvrir une salle d'exposition de ses tableaux en colloboration avec
deux artistes vietnamiens à Saigon. M. Patrick Nguyen, dont les
parents sont vietnamiens de souche et décédés maintenant
m'a dit : "Je dois comprendre le vietnamien pour savoir comment ma
mère a parlé et chanté. On m'a dit que ma mère
chantait bien".
On apprend ainsi le vietnamien pour l'amour du pays toujours proche dans
leur coeur. Je suis venu à Paris et y suis resté plusieurs
jours. J'ai eu l'occation de visiter Tours, Angoulême et quelques
autres endroits en France. Mais c'est à Bordeaux que j'ai vu cette
tendresse des vietnamiens à l'égard de leur pays natal,
que j'ai vu des francais amoureux du Viet Nam de cette façon. L'oncle
Chat Ngoan a disparu mais il a laissé un peu d'âme Viêt
dans l'air, dans le sol, dans l'arbre aux feuilles vertes bordelais. Malgré
les méfaits du colonialisme, malgré les années de
querelle de guerre, l'amour et l'amour de la langue maternelle est toujours
là. C'est cela qui permet à la civilisation de persister
et de progresser."
Nguyên Quang Thân
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